Les joyaux du nord de Madagascar

Au large de l’Afrique, dans l’océan Indien, la grande île séduit, notamment dans sa partie nord très préservée, par sa variété de paysages. Les populations croisées, souvent francophones, ont la joie de vivre communicative.

De fabuleux paysages maritimes

Si l’île rouge, presque aussi étendue que la France, a la forme d’un pied gauche, le cap d’Ambre, aux savanes vierges que balaient les alizés, occupe l’extrémité de son gros orteil. Plus au sud, côté océan Indien, une passe ouvre aux navigateurs, l’accès ç la baie de Diégo-Suarez -ou Antsiranana -, dans laquelle s’emboîtent quatre autres, aux noms fleurant bon la flibuste : baie du Tonnerre, des Cailloux-Blancs, Cul-de-Sac des Gallois et baie des Français.

  • Depuis la montagne des Français, au sud-est de Diégo, la vue embrasse un sublime kaléidoscope maritime. À l’est, la bien nommée mer d’Émeraude, lagon fourmillant de poissons multicolores, aux plages de sable blanc idéales pour un barbecue de pêche fraîche. À l’ouest, côté canal du Mozambique, la baie du courrier et la réserve marine dans sa barrière de corail. Enchanteresse encore, la « grande île » aux parfums de Nosy Be, fleuron un peu trop connu du tourisme malgache.
  • Les vallées de la côte ouest se hérissent de tsingy, forêts d’aiguilles de calcaire gris ciselées par le ruissellement des pluies. Ainsi, le site de l’Ankarana, au sud de Diégo ; à proximité, les tsingy rouges en camaïeu de rose et de pourpre; dus à la latérite. Ces mêmes teintes se retrouvent sur une des magnifiques plages du nord de Majunga, dans le fabuleux amphithéâtre du Cirque rouge, accessible par mer ou par piste.

Parfum colonial et population bigarrée

  • Diégo-Suarez, ancien comptoir à épices tourné vers l’Afrique à la forte présence comorienne, est truffé de mosquées et de mâcheurs de khat. Le damier aux couleurs délavées des maisons coloniales et le marché couvert à architecture métallique gardent trace du protectorat, puis de la colonie française (1895-1960). La splendeur décatie de ce qui fut l’hôtel de la Marine rappelle que Diégo resta jusqu’en 1973 une base stratégique française. mais son port, le troisième de l’île, dédié au commerce et largement à la pêche au thon, déborde d’activité.
  • Même vitalité, mais ambiance un peu moins interlope à Majunga, ou Mahajanga, deuxième port malgache. Les taxis 4L jaunes de Diégo cèdent la place aux pousse-pousse et tuk-tuk pétaradants. Des maisons indo-mauresques à la beauté fanée côtoient des mosquées rivalisant de blancheur sinon de taille avec la cathédrale en béton armé ajouré. Dans les deux marchés et les rues bordées d’échoppes aux enseignes engageantes grouille une foule colorée par les lambahoany – pièces d’étoffes – drapés sur les femmes de l’ethnie skalava. En coulisses, les Karana indo-pakistanais gardent la main sur les finances et la joaillerie.
  • Dans la journée, ne pas manquer le port aux Boutres à Majunga, digne de la plume de Pierre Loti, avec ses goélettes et ses dockers transvasant les sacs de noix de coco et les bottes de raphia destinés aux navires au mouillage. Le soir, rendez-vous « au » baobab, dont le tronc mesure 22 mètres de circonférence ! Et flânerie sur la corniche à l’heure des cocktails suivis de brochettes de zébu et du manioc grillé.

Un trésor de faune et de flore

Soucieux de préserver son héritage naturel, le Madagascar National Parks gère 43 aires protégées, dont 7 classées au Patrimoine mondial. Le premier parc fut créé en 1958 autour de la forêt primaire de la montagne d’Ambre, au su de Diégo. Mais c’est celui d’Ankarafantsika, à 114 kilomètres au sud -est de Majunga, qui, sur  136 000 hectares, résume la forêt tropicale sèche du nord-ouest.

  • Côté faune, on y trouve,en vedette le fascinant lémurien sous 8 espèces du sifaka noir et blanc au microcèbe, le plus petit primate du monde, en passant par le fameux maki catta à la drôle de danse. Et, bien sûr, les crocodiles, geckos, reptiles, ainsi que 129 espèces d’oiseaux dont plus de la moitié sont endémiques.
  • Côte flore, quantité d’arbres : kapokier qui fournit le coton bois, anacardier la noix de cajou, l’arbre à jatropha un carburant bio d’avenir…le baobab, roi de la savane, et le ravenale, emblème de l’île, l’arbre du voyageur.

Le tourisme en mode solidaire

L’île a beau offrir un visage souriant, Madagascar stagne parmi les pays les plus pauvres du monde. À 20 km de Majunga, on ne croise que des charrettes à zébu, et des cases en feuilles de palmier, devant lesquelles les enfants jouent dans la poussière.

  • À l’embouchure de la rivière Morira, dans un site superbe partagé avec trois villages de pêcheurs, un complexe hôtelier de 33 unités d’habitation né d’une initiative rochelaise vous accueille. L’Antsanitia Resort développe avec bonheur un projet exemplaire. Paysans et pêcheurs alimentent le restaurant, l’amical personnel hôtelier est issu des villages, ainsi que les guides qui font fièrement découvrir le dispensaire, l’école en dur et ses trois classes, les 500 hectares replantés de 400 000 arbres, la mangrove préservée, et les alentours. On y séjourne pour la bonne cause…déjà au paradis.

Artisanat et souvenirs

L’île a la beauté contagieuse, son artisanat plein d’imagination en témoigne.

  • À Majunga, vous trouverez partout en boutique les mosaïques de sable en bouteille d’inspiration brésilienne, la marqueterie et le bois sculpté des Hautes Terres du sud. Et dans tous les marchés, des sobikas, paniers multicolores en raphia, des chapeaux, de la vannerie, des jouets et des nappes de coton brodées de personnages ou d’animaux. Aussi, bien sûr, de la vanille et des épices.
  • À la Soucoupe, près de Majunga, Andrée Ethève, blanche et zanatany (enfant du pays) formée à Lyon à la teinture et au tissage de la soie, a créé un atelier où l’on fabrique l’indigo. Vingt femmes y tissent la soie sauvage, les lambas, rectangles d’étoffe traditionnelle, et les rabanes ikatées en fibre de raphia. Du haut de gamme à rendre jaloux les designers les plus pointus .